Dorsenne

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Message par Invité le Jeu 24 Fév 2005 - 10:20

Dorsenne, Jean-Marie-Pierre-François Doursenne, dit comte Lepaige
(Ardres, 30avril 1773-Paris, 24 juillet 1812).
Volontaire en 1791, Dorsenne se distingue par sa fougue à l'armée du Nord, y devient capitaine avant d'aller sur le Rhin, puis en Italie. Son courage fait merveille lors du passage du Tagliamento (16 mars 1797) et Bonaparte le fait chef de bataillon avant de l'emmener avec lui en Egypte, où il est plusieurs fois blessé. En 1805, l'Empereur le fait entrer dans la Garde comme major. S'étant encore distingué à Austerlitz, Dorsenne se retrouve colonel le 18 décembre 1805, et général de brigade le 25 décembre. Célèbre dans l'armée pour la finesse de ses traits, le soin qu'il attache à sa personne et à sa tenue, surnommé "le beau Dorsenne", il prend le commandement des Grenadiers à pied de la Garde à la fin de 1806, se distingue à Eylau, est fait comte Lepaige en 1808. Après un bref séjour en Espagne, il revient à la Grande armée, est à Ratisbonne, a deux chevaux tués sous lui à Essling (22 mai 1809) et reçoit une grave blessure à la tête alors qu'il couvre la retraite. Promu général de division peu après, il commande la 2e division de la Garde à Wagram. Il part ensuite avec elle pour l'Espagne, devient gouverneur de Burgos puis de la Vieille castille, commande l'armée du Nord de l'Espagne à la place de Bessières, mais doit revenir en France au début de 1812 à cause des suites de la blessure à la tête reçue à Essling. Il mourra des suites de sa trépanation. Le nom de Dorsenne est inscrit sur l'Arc de Triomphe de l'Etoile.
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Texte issu du dictionnaire du Consulat et de l'Empire.
Photo provenant du Musée de l'Empéri à Salon de Provence
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Message par Invité le Mar 25 Jan 2011 - 10:52


discours funèbre prononcé au panthéon, sur la tombe
du général de division DORSENNE,
colonel de l'arme des grenadiers à pied de la garde impériale,
grand officier de l'empire
par M. VILLEUMEUREUX
capitaine aux grenadiers à pied de la garde impériale

en présence

De monsieur le sénateur LACEPEDE, comte d'empire, grand chancelier de la légion d'honneur, de monsieur le général de division HULIN, comte d'empire, de plusieurs sénateurs et autres grands officiers de l'empire, de la garde impériale et de différents corps de la garnison, le 27 juillet 1812.


Messieurs,
pourrai-je dignement et fidèlement vous retracer les actions et les vertus de l'homme que la mort vient de ravir à notre amour? Non, je ne puis espérer d'y réussir. Il est des êtres privilégiés dont la vie entière fait l'admiration de leurs contemporains, nous jouissons des bienfaits qu'ils répondent, nous recueillons le fruit des actions glorieuses dont ils ont illustré leur carrière, mais les expressions manquent quand il s'agit de faire éclater notre amour et notre reconnaissance. C'est à la vue de nos traits, c'est en posant la main sur nos cœurs, qu'on peut reconnaître et sentir ce que nous éprouvons. La parole serait insuffisante, la bouche reste muette, le sentiment seul fait entendre son langage. Telle est notre position. Le morne silence, ces traits profondément altérés par la douleurs, ces larmes qui s'échappent des yeux des braves qui entourent cette tombe, peuvent, seul peindre de désespoir dont nos âmes sont pénétrées. Quelle éloquence serait capable d'émouvoir aussi fortement et, pourrais faire plus noblement l'éloge de celui dont nous déplorons la perte? Je n'aissaierai donc point une œuvre au dessus de mes forces, un exposé simple des principaux traits de la vie du général DORSENNE, sous les ordres duquel j'ai eu l'honneur de servir mon Prince et ma patrie, voilà ce que j'esserai tenter.
Puisse ce témoignage, qui m'ont inspiré la plus tendre amitié et la plus ardente reconnaissance, donner à nos concitoyens une idée des vertus dont ce général embellit sa trop courte existence! Puissent les glorieux exemples qu'il nous a laissé, nous inspirer le noble désir de marcher sur ses traces!..
Le général DORSENNE entra dans la carrière militaire à dix sept ans. Né d'un père qui avait passé sa vie au service de son pays, il éprouva de bonne heure la soif de la gloire. Doué du plus noble extérieur, plein d'ardeur et de courage, il dut se faire aisément distinguer. Ses premiers pas furent marqués par des actions de valeur, et, du rang de simple soldat, il monta rapidement par tout les grades à celui de chef de bataillon, chaque avancement qu'il obtenait était le prix de quelques traits glorieux, et à vingt deux ans, il était colonel du 61e. Pleurez maintenant, pleurez comme nous sa mort! Il fut aussi pour vous un père et un ami, vous vous enorgueillissiez de l'avoir pour chef, son nom doit rester gravé dans vos cœurs aussi longtemps que vivra la gloire dont vous vous êtes couverts sous ses ordres. C'est principalement à cette époque qu'il montra à la France ce qu'il devait être un jour.
Il était au nombre de braves qui furent appelés à l'expédition d'Egypte, et les journée d'Aboukir et de Quenech firent connaître au chef immortel qui commandait l'armée, quel sujet précieux il possédait dans le colonel DORSENNE. L'Empereur étudia plus particulièrement son caractère et ses moyens, et de ce coup d'œil sur qui le distinguera à jamais du reste des humains, il vit quel était DORSENNE, et résolut dès lors de rapprocher de lui un guerrier si digne de marcher à ses côtés dans le chemin de la gloire. L'Empereur le créa major des grenadiers à pied de sa garde, et la manière dont il fut choisi fait également honneur aux vues profondent du Souverain et au rare talent de l'officier qui laissait pénétrer tout ce qu'il devait être un jour. L'Empereur, au camp de Boulogne, demande une liste de six colonels de l'armée pour nommer un major dans sa garde, on la lui présente, et le nom de DORSENNE n'y était pas. L'Empereur s'en étonne, on lui dit que l'on connait tout le mérite et la valeur du colonel DORSENNE, mais qu'on redoute pour lui les délices de la capitale, et qu'un tel séjour pourrait devenir dangereux pour un colonel de vingt deux ans... « vous ne connaissez pas » répond l'Empereur « jamais DORSENNE ne sera séduit, ni séducteur, portez le sur la liste ». L'Empereur ne se trompe pas dans les jugements qu'il prononce, jamais l'attrait du plaisir ne fut capable de distraire un moment des devoirs de son état l'officier qu'il avait si bien jugé. Le général DORSENNE, distingué par l'Empereur, devait être un homme extraordinaire, et il justifia l'opinion qu'il avait donné sur lui. Vous en fûtent témoin, vous mon général (HULIN), qui assistez à cette pompe funèbre! C'était sous vos ordres qu'il commandait les grenadiers, et ce corps accoutumé à obéir à des chefs élus parmi les officiers les plus distingués de l'armée, sentit que son Prince lui avait donné un major digne de son brave colonel. Officiers et soldats trouvèrent en lui l'homme grand et magnanime, le père le plus tendre et le plus attentif.
Rien n'était plus majestueusement composant que le général DORSENNE un jour de bataille, on voyait dans ses regards briller tout le feu de la gloire, son matien inspirait l'assurance à ses soldats, et portait l'épouvante dans les rangs ennemis. Jamais on ne le voit, emporté par la témérité, oublier la prudence, car personne mieux que lui n'avait étudié le génie de l'Empereur, et n'a su mieux profiter des utiles leçons que ce grand maître donne à ses généraux.
J'ai vu l'Empereur, à la bataille d'Eylau, réserver prés de lui le général DORSENNE avec trois bataillons. J'ai vu l'ennemi se jeter avec fureur sur nos rangs, et l'Empereur ne pas s'émouvoir, mais dire au général « allons DORSENNE, il est temps, fait avancer un bataillon ». Le général DORSENNE commande, le bataillon s'élance et l'ennemi fuit épouvanté.
Mais les batailles d'Essling et de Wagram, en assurant à la France et à son Souverain de nouveaux trophés, devaient combler la gloire militaire du général DORSENNE. Sa conduite fit connaître à l'Empereur qu'il pouvait le placer à la tête d'une armée. Le maréchal Oudinot, blessé à la bataille d'Essling, fut obligé de quitter le commandement, le général DORSENNE, qui commandait alors les grenadiers et les chasseurs à pied de la vielle garde, reçut l'ordre de réunir à ces régiments, le corps d'élite des grenadiers réunis, privés momentanément de leur redoutable chef. Sa conduite justifia la confiance de l'Empereur.
Mais hélas! Si cette époque aussi fixa le compte de son brave serviteur, ce fut de cette époque aussi que ce dernier prit le germe de la cruelle maladie qui vient de nous l'enlever. Il eut deux chevaux tués sous lui dans cette bataille. L'un d'eux, en tombant, le renversa et lui fit éprouver une contusion à la tête, il n'y fit nulle attention, et le mal ne fut connu que lorsqu'il fut sans remède.
Rentré à Paris après la paix de Vienne, le général DORSENNE est envoyé en Espagne avec vingt mille hommes de la garde. L'Empereur lui donna en même temps le gouvernement des provinces de la vielle Castille.
C'est ici, messieurs, que le général DORSENNE va paraître sous un nouveau jour. Ce n'est plus le dieu Mars à la tête d'une armée faisant trembler et fuir tout se qui ce présente, ce n'est plus ce jeune guerrier guidé par un héros, en forçant, à sa voix, les bataillons ennemis. C'est la force, la sagesse et la prudence chargées de ramener dans le devoir, et de gouverner un peuple mutiné. Lorsque l'Empereur rappela près de lui le maréchal duc d'Istrie, il ne voit point d'homme plus capable et plus digne de le remplacer que le général DORSENNE. Il fut nommé général en chef de l'armée du nord de l'Espagne. Il sut profiter de l'expérience de son illustre prédécesseur. Le caractère espagnol, qu'il étudiait particulièrement pendant qu'il était gouverneur, lui fit sentir qu'il fallait allier à beaucoup de douceur une fermeté inébranlable, il savait que ces peuples sont naturellement irascibles, il savait qu'ils ont pour la religion le respect le plus profond, et toutes ces notions il se fit une règle de conduite dont il ne se départit jamais. Il sut vaincre, punir et pardonner à propos. Comme général, il acheva ce que son prédécesseur avait si glorieusement commencé, il reprit bientôt toutes les places qu'on avait perdues, il purgea le pays des bandes qui l'infestaient. On le vit au ravitaillement de Rodrigo, affronter l'armée Anglaise, et prendre ses positions, telle que cette armée, pour éviter sa destruction, n'eut d'autre ressource que de se renforcer promptement dans les rochers du Portugal.
Comme gouverneur, le plus bel éloge qu'on puisse faire de sa conduite, c'est que son armée fut nourrie, payée et habillée sans fouler les peuples. Les impôts furent réglés avec justice, on payait, mais on était certain que l'argent était employé aux besoins de l'armée. Modèle de toutes les vertus avec une âme aussi élevée, le général DORSENNE devait avoir la prévarication en honneur.
Il eût cru se nourrir du sang des peuples s'il eût détourné la moindre partie des impôts qu'il levait sur eux. Riche des bienfaits de l'Empereur, il joui de ses biens avec noblesse, et ne sut point les accroître par des voies illégitimes. Ils retournent tout entier à l'état, sa fille reste sans fortune, mais elle hérite d'un nom aussi illustre par la gloire que par la probité.
Toutes les réclamations et les plaintes étaient écoutées avec bonté, et jamais elle ne restèrent sans effet. Les opinions religieuses furent constamment respectées, les vexations furent sévèrement punies, et ces heureux résultats furent dus à l'harmonie parfaite qu'il avait su établir entre tous les corps qu'il commandait. L'armée de ligne, toujours émule de la garde, en valeur et en intrépidité, rivalisant encore avec elle d'amour pour la plus exacte discipline.
Depuis la bataille d'Esssling, le général DORSENNE avait souvent ressenti de violentes douleurs de tête, mais insensible à la douleur comme aux plaisirs, quand il s'agissait de son devoir, il ne poursuivait pas moins ses opérations, on le vit partir en litière pour faire le siège d'Astorga, disperser l'armée de Galice, chasser l'ennemi de la place, faire rétablir les fortifications et rentrer glorieusement dans son quartier général.
Mais enfin, la maladie fit tant de progrès, que les gens de l'art furent obligés de lui faire subir une opération, et d'instruire l'Empereur de son état. Il fut rappelé, et ce jour doit être marqué dans l'histoire des généraux français. Son armée pleura, et quand on connaît le général DORSENNE, on ne s'en étonne point. Mais ce qui n'est pas moins glorieux pour lui, les Espagnols en le perdant, on cru perdre leur père. Ce jour fut pour eux un jour de deuil et de douleur. Hélas! Cette séparation devait être éternelle, les vœux que nous faisions tous pour son rétablissement ne devaient pas être exaucés et la destinée s'est accomplie.
Je n'ai parlé que de services militaires et si j'ai réussi, dans ce tableau, tracé a la hâte, à justifier l'attention que vous avez daigné m'accorder, combien il m'eût été facile de vous intéresser davantage encore, par les détails de la vie domestique du général que nous pleurons aujourd'hui. Je l'ai connu dans son intérieur, je n'y ai vu qu'un modèle constant d'amour filial, de tendresse conjugale et paternelle. Il fut bon fils, bon frère, bon époux et bon père, et tous ces titres viennent encore se joindre à ceux qui doivent faire passer sa mémoire à la postérité.
Oui, DORSENNE, la postérité reconnaîtra tous tes titres à la gloire. Elle verra qu'à peine à la moitié de ta carrière, tes actions ont été celles d'un homme mûri par l'âge et par l'expérience. Nos neveux brûleront un jour de marcher sur tes traces, quand ils entendront chacun de nous raconter tes hauts faits et leur dire avec orgueil, nous avons vaincu à Austerlitz, à Eylau, à Friedland, à Wagram, et le général DORSENNE nous commandaient!
Nous l'avons vu regretté d'un peuple auquel il fit la guerre, nous avons vu ce peuple souffrir avec patience, toutes les misères qu'elle entraîne, sans lui attribuer les malheurs qu'il éprouvait.
Oui, messieurs, ce genre de gloire est au dessus de toute éloge, et personne ne l'acquit à un plus haut degré que le général DORSENNE.
Un homme par sa valeur et son courage, force l'estime des ennemis et captive l'admiration et la reconnaissance de ses concitoyens, mais défendre son pays et gagner en même temps l'amour des peuples vaincus, c'est bien mériter de la patrie et de l'humanité.

( BNF cote 8-LN27-6204 )

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Message par Invité le Mar 25 Jan 2011 - 14:17

Très belle évocation, merci à vous deux ...
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